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Ce que cette année m'a appris

  • Photo du rédacteur: Pierre Archambault
    Pierre Archambault
  • 9 juil.
  • 5 min de lecture

Introduction


Il y a un peu plus d'un an, j'ai commencé à réfléchir à un projet qui est né d'un certain inconfort.


Au fil de ma pratique en massothérapie, j'ai été témoin de situations qui m'ont profondément questionné. Certaines m'ont été racontées par des collègues. D'autres provenaient de clientes ou de clients. D'autres encore faisaient écho à des événements médiatisés ou à des discussions dans notre milieu.


Je constatais que des situations délicates liées aux frontières entre intimité, sexualité et professionnalisme existaient bel et bien dans notre profession. Qu'elles ont un impact humain important. Qu'elles impliquent autant des thérapeutes d'expérience que des plus nouveaux. Parfois, les clients sont la source du malaise, mais il y a aussi, parfois, de la maladresse de la part des thérapeutes.


Je ne cherchais ni à dénoncer, ni à moraliser, ni à trouver des coupables.


Je ressentais simplement le besoin de créer un espace où des massothérapeutes pourraient réfléchir ensemble à ces réalités, dans un climat de confiance, de respect et de bienveillance.


C'est ainsi qu'est née l'idée d'un atelier.


Aujourd'hui, ce projet est mis en veille.

Non pas parce que je n'y crois plus.

Au contraire.


Mais avant de tourner cette page, j'avais envie de partager ce que cette démarche m'a appris.


Le projet que j'imaginais


Mon idée était de proposer un atelier animé par des massothérapeutes, pour des massothérapeutes.


La massothérapie présente un cadre très particulier de pratique thérapeutique et de rapport à l'intimité. Pour comprendre certaines réalités de la massothérapie, l'expérience vécue apporte une compréhension que les seuls concepts ne peuvent transmettre. Une pratique soutenue, semaine après semaine, auprès de dizaines de personnes, finit par confronter le thérapeute à des situations qu'il est difficile d'imaginer autrement que par l'expérience. C'est à partir de cette expérience que j'ai élaboré mon concept.


L'atelier devait comprendre deux groupes de discussion distincts, l'un animé par un homme pour les massothérapeutes hommes, l'autre animé par une femme pour les massothérapeutes femmes. Mon expérience me porte à croire qu'il y a des choses qu'on est plus à l'aise d'entendre quand elles viennent d'une personne de notre genre, mais qui peuvent nous troubler si elles sont nommées par une personne du genre opposé. Il en va de même, selon moi, pour la parole, qui se délie plus facilement à l'intérieur d'un groupe de genre homogène. Les deux groupes auraient ensuite été réunis dans une plénière permettant de mettre en commun les réflexions et de mieux comprendre les réalités de chacun.


Je veux faire une parenthèse ici pour bien préciser que je suis sensible à la réalité de certaines personnes qui pourraient avoir de la difficulté à se reconnaître dans cette approche binaire et je prévoyais que, au cas par cas, les différentes situations seraient abordées.


À cela devait s'ajouter un volet destiné aux gestionnaires de services de massothérapie.

Mon objectif n'était pas seulement de transmettre de l'information. Je voulais contribuer à développer une culture de réflexion, de prévention et de soutien mutuel autour de questions qui sont rarement abordées ouvertement.


Une année de rencontres


Pour vérifier si cette intuition répondait réellement à un besoin, j'ai entrepris plusieurs démarches.


J'ai d'abord validé, de façon informelle, auprès de collègues chevronnées et reconnues, la pertinence du concept et le besoin d'un espace pour aborder ces enjeux.


Ensuite, j'ai réalisé un sondage auprès de collègues massothérapeutes. Cinquante-quatre personnes y ont répondu. Malgré la modestie de cet échantillon, les résultats ont clairement confirmé que ces enjeux interpellent de nombreux praticiens et praticiennes.

Les commentaires reçus ont été particulièrement riches. Ils m'ont fait découvrir une réalité que je n'avais pas suffisamment mesurée au départ : plusieurs massothérapeutes, particulièrement des femmes, vivent régulièrement des comportements inappropriés de la part de certains clients et souhaitent être mieux outillés pour y faire face. En même temps, les formations existantes, proposées par les associations, semblent très peu populaires. Est-ce qu'une approche plus horizontale pourrait être une solution ? Cette question demeure ouverte.


En parallèle, j'ai eu le privilège d'échanger avec le CIVAS Estrie et d'obtenir le soutien d'une sexologue.


J'ai aussi eu des échanges avec plusieurs associations professionnelles.

Toutes ont reconnu la pertinence du sujet.


Ce que cette démarche m'a appris


En avançant, j'ai toutefois découvert une réalité que je sous-estimais.

Développer une formation reconnue sur un sujet aussi sensible demande beaucoup plus qu'une bonne idée.


Il faut réunir des expertises complémentaires, construire un contenu pédagogique rigoureux, documenter chacune des affirmations et répondre à des exigences élevées en matière de formation continue.


Pendant ce temps, plusieurs associations ont elles-mêmes commencé à développer leurs propres contenus sur ces questions.


Parallèlement, ma propre réalité professionnelle a changé. Ma pratique s'est beaucoup développée, ce dont je me réjouis, mais cela réduit aussi le temps que je peux consacrer à un projet de cette ampleur.


J'en suis donc arrivé à la conclusion que je ne disposais pas, à moi seul, des ressources nécessaires pour mener ce projet jusqu'au niveau de qualité que je souhaitais atteindre.


Pourquoi je le mets en veille


Je préfère mettre ce projet en veille plutôt que de proposer une formation qui ne serait pas à la hauteur de mes propres exigences.


Les enjeux sont trop importants pour être abordés à moitié.


Cette décision ne remet pas en question la pertinence du projet.


Elle reconnaît simplement les conditions réelles nécessaires à sa réalisation.


Peut-être qu'un jour, avec une équipe, des partenaires ou un contexte différent, ce travail pourra reprendre.


Rien n'est perdu


Cette année de réflexion n'aura pas été vaine.


Elle m'a permis de rencontrer des personnes inspirantes, de mieux comprendre les attentes de notre milieu et d'approfondir ma propre pratique.


Une partie de cette réflexion trouvera d'ailleurs sa place dans un futur atelier que je développe présentement pour les massothérapeutes du Balnea sous le thème : S'accueillir et accueillir son client.


Au fil de cette démarche, j'ai aussi perçu chez plusieurs collègues un sentiment d'être parfois réduits à « juste des massos », comme si leur expérience clinique comptait moins que d'autres formes d'expertise. J'espère que notre milieu continuera de reconnaître davantage la valeur de cette intelligence du terrain, qui ne remplace pas les autres savoirs, mais les complète.


Je demeure convaincu que notre profession gagnerait à se donner davantage d'espaces où il est possible de réfléchir ensemble à ces questions, avec nuance, respect et ouverture.

Parfois, mettre un projet en veille n'est pas y renoncer.


Cette année m'a appris qu'une intuition peut être juste sans que le moment soit le bon pour lui donner toute son ampleur. Elle m'a aussi appris qu'un projet peut transformer celui qui le porte, même lorsqu'il ne prend pas la forme imaginée au départ.


 
 
 

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